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26 February 2011 - 15:00 @ Bibliothèque Multimédia Intercommunale - Guéret (France)
a bruit secret [concerts]
a bruit secret [concerts] #13
#13
Metaphors : Music and Computer
To be translated : Depuis les premières utilisations de l'ordinateur à des fins musicales par Lejaren Hiller en 1957, en passant par les calculs informatiques de Jean-Claude Risset pour l'obtention de sonorités inouïes voire de sons paradoxaux dans les années 60, les fulgurants progrès industriels, bureautiques et logiciels de ces trente dernières années ont conduit à l'élaboration de machines puissantes et légères permettant aux musiciens qui le souhaitent de s'en emparer, de les inclure dans leur nomenclature instrumentale mais aussi d'interroger leur envahissante présence. Certains choisissent d'utiliser cet outil comme extension à leur langage acoustique, de se servir du couple ordinateur-logiciel comme partenaire, d'autres encore créent leurs propres périphériques permettant à l'ordinateur de devenir un instrument à part entière.



Par la recherche sonore et l'élaboration de nouveaux gestes instrumentaux, par la mystérieuse insatisfaction du connu qui est son moteur, tout musicien désireux de mieux comprendre son rapport à l'instrument tente d'extraire de celui-ci toujours plus de possibilités sonores et techniques, comme si la réponse, si elle existe, devait se trouver dans le coeur des vibrations émises par lui. L'instrument devient un outil pour façonner un point de vue sur le monde et devient, par la richesse des rapports qu'il peut communiquer, le moyen le plus efficace de bouleverser certitudes et assurance. Les récentes productions de la lutherie électronique et informatique ont en quelque sorte dynamisé ce questionnement, le rendant encore plus urgent et indispensable. A l'époque ou apparaissent les univers virtuels, la notion d'instruments se renforce par le fait même qu'ils acquièrent, à force de disparaître, une hyper-réalité : le son, la phrase et le discours deviennent subitement hyper-présents. A un geste ne correspond plus forcément un résultat sonore attendu, a un instrument habituel ne correspond plus forcément son timbre connu. Ce qui est exprimé ne l'est qu'à force de détours instrumentaux. L'instrument technologique devient ainsi encore plus encombrant. L'artiste peut tenter de renverser l'image d'un progrès des connaissances et des techniques pour souligner qu'il a besoin d'outils comme autant de machines à penser le monde du fait de son incapacité à le penser dans la nudité. C'est par un rapport toujours plus intime avec l'instrument - si encombrant soit-il - que l'artiste peut chercher une nouvelle forme de nudité, une nudité métaphorique. (Lê Quan Ninh)



(...) L'homme évolue pour s'enfoncer plus loin dans son origine. En inventant des machines, l'homme découvrira à travers elles la présence d'êtres dont rien n'aurait pu lui faire soupçonner l'existence. Il inventera des machines pour savoir ce que nul d'autre n'aurait pu lui apprendre. Comme si son imagination créatrice était la véritable lumière de ce qui avait totalement disparu. L'homme crée pour faire réapparaître ce que le temps a effacé et que l'homme n'a jamais vu ni su. La terre tourne et perd dans l'obscurité ce qui a existé; comme l'homme crée pour tout retrouver dans la lumière. L'homme ne crée pas pour conserver ce qu'il crée mais pour retrouver ce qui a disparu dans sa tête et sur la terre. Il invente des machines pour faire ressurgir un monde qu'un bouleversement aurait fait disparaître complètement en l'enfouissant tout à la fois infiniment loin dans la terre et le ciel, et dans son esprit. Un bouleversement qui aurait été le temps. L'homme invente des machines pour faire remonter le temps d'un monde qu'il aurait oublié au fin fond de l'obscurité. Son imagination créatrice en lui seule lui fera saisir. L'homme invente des machines dans lesquelles il n'est plus qu'un oeil ouvert parce qu'il est à la recherche de ses propres traces intouchables. Ses machines lui feront découvrir un visible qui s'est perdu dans la nuit des temps et dont il est aveugle. (...)

Jean-Luc Parant

in Les Machines à voir

Editions La Différence, 1993
ensemble]h[iatus
mathieu chamagne, Isabelle Duthoit, Géraldine Keller, Lê Quan Ninh

program :

Hok Pwah (1993) by Zack Settel
espaces croisés (2006) by mathieu chamagne
aWoman (2006) by Lê Quan Ninh
oscille (1997) by Lê Quan Ninh
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