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7 February 2013 - 18:30 @ médiathèque - montignac (France)
 Conférence : Le silence de John Cage
Conférence : Le silence de John Cage
To be translated : "La silence c'est une musique, c'est la musique que l'on entend quand on écoute l'environnement. C'est même la musique que j'aime le plus". Ainsi, s'exprime en français John Cage dans d'une émission de radio en 1976 lors de la sortie du livre d'entretiens menés par le philosophe Daniel Charles, "Pour les Oiseaux". Ainsi donc on peut entendre le réel qui se dévoile à travers les sons qu'il contient comme de la musique. Il faut au préalable avoir lâché prise avec la définition de la musique et accepter celle qu'en avait si simplement donné Edgar Varèse : sons organisés. Mais dans l'environnement qui organise les sons ? Ne serait-ce pas l'auditeur qui, de la place où il se trouve dans l'espace pendant un temps donné, peut construire les relations entre les sons qu'il perçoit ? Ne serait-ce pas l'auditeur qui compose son écoute d'instant en instant ? Ne serait-ce pas lui encore qui établit des relations entre ses sons et les invente pour ainsi dire dans son esprit ? Les sons existent-ils alors ? Ou bien, toujours éphémères, impermanents, n'ont-ils aussi peu de substance que l'auditeur lui-même qui n'existe que dans sa relation au monde qu'il perçoit et auquel il participe dans le jeu tellement complexe d'interdépendance avec toutes ces composantes ?
Le silence de John Cage est l'ensemble des sons sans intentions musicales, sans ego, sans désir ni volonté d'expression. Libérer les sons de l'intention de musique aura été un programme durable dans toute son oeuvre et spécialement à partir de 1951 après sa première rencontre avec le philosophe du zen D.T. Suzuki. Du bouddhisme zen tel qu'enseigné par le vieux philosophe, John Cage retiendra la leçon d'un silence primordial par lequel les relations entre tout ce qui existe peuvent s'établir d'elles-mêmes, dans le changement constant auquel on participe autant qu'on l'accueille et le constate. Alors si tout est déjà là, si tout est déjà mis en relation pour peu qu'on porte attention au moment présent, il est inutile d'y ajouter une organisation artificielle au risque de réduire le réel à "une petite pièce dans le vaste cosmos, au delà duquel on ne peut rien dire" (Wittgenstein). Embrasser le réel, c'est le laisser faire, car il n'est jamais fixe mais devient constamment, c'est abandonner l'objet au profit du processus avec "suffisamment de rien dedans". Le processus lancé qui pris dans la réalité de son déploiement permet une multitude de résultats, d'aspects ou de réalisations. Le silence, comme un point zéro par lequel il faut toujours revenir pour passer d'un mot à l'autre, d'un son à l'autre, d'un regard à l'autre et qui garantit suffisamment d'espace entre eux, leur liberté et leur respiration.
Lê Quan Ninh
Atelier pédagogique
Lê Quan Ninh
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